Piétonnisation, on saute le pas ?

Piétonnisation, on saute le pas ?

Le Bernayen a questionné élus et commerçants de 5 communes, de superficie et densité de population, à peu près similaires à Bernay. Retour d’expériences…

Après les grandes villes telles Paris, Nantes ou Rennes qui depuis longtemps ont rendu les artères centrales aux piétons, les villes moyennes et même les petites s’y mettent, elles aussi. Pour redynamiser le centre, le rendre plus attractif, elles piétonnisent. Commerçants, clients, riverains s’y retrouvent. « Depuis que la rue est piétonne, on revit… J’ai l’impression d’être dans un village. La qualité de vie est bien meilleure, les passants plus détendus, on revoit des enfants. Lorsque la rue était à double sens, les voitures se garaient n’importe où, c’était infernal ». Cette propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter de Figeac est convaincue. La piétonnisation, elle est pour. Pas question pour elle de revenir en arrière.
Cet été, Bayeux, Bailleul, Coulommiers, Figeac, Le Puy-en-Velay, pour n’en citer que quelques-unes ont décidé d’interdire leur centre aux voitures. D’abord sous forme de test : un dimanche par mois, ou le samedi et le dimanche après midi. Essai concluant.
« Nous réfléchissions depuis plusieurs mois sur la façon d’aménager le centre historique et les artères commerçantes, reconnaît le premier adjoint au maire de Bayeux, Arnaud Tanquerel, mais c’est la fin du premier confinement qui nous a amenés à les piétonniser ». Impossible de garantir les barrières sanitaires avec le monde qui circulait sur les trottoirs. Il a donc été décidé de supprimer les voitures pour redonner de l’espace et permettre de garder ses distances…
Toutefois la raison principale qui pousse les mairies à piétonniser est de rendre leur ville plus « désirable ». Les chiffres sont accablants. Depuis 10 ans, les commerces désertent les centres-villes pour s’installer en périphérie, autour des grandes surfaces. Selon une enquête Procos, le taux de « vacance » qui était de 7,2 % en 2012 est passé à 9,5 % en 2015 puis à 11,9 % en 2018. Dans les villes moyennes et les petites, un commerce sur sept est désormais fermé. Et 85 % des projets commerciaux concernent la périphérie…

La société a changé, les habitudes de consommation aussi…

Dans le même temps, la société a changé. De nouvelles habitudes de consommation émergent, privilégiant le bio, les produits locaux, sains et de saison. Les citadins se déplacent de plus en plus à vélo. Alors, pourquoi pas miser sur cette nouvelle tendance, l’encourager même, en piétonnisant ?
Ainsi, à Arles ou à Sarreguemines, c’est autour du Marché que les rues piétonnes se sont développées, adoptées par presque tous, à commencer par les restaurateurs, les bars et les brasseries qui installent des tables sur les trottoirs.
Certains sont réticents. Le boulanger du Puy-en-Velay bougonne « pour acheter une baguette, on se gare devant et on repart, on n’est pas prêt à faire 500 mètres à pied depuis le parking… » Le pâtissier se plaint : « le dimanche, lorsque la rue est fermée, je n’ai personne… » Le coiffeur reconnaît : « il y a du pour et du contre, mais la population vieillit et les personnes âgées viennent en voiture. » Quant au pharmacien, il regrette le parking jouxtant son officine qui permettait à ses clients venus en urgence avec une ordonnance de gagner du temps.
Une chose est sûre, la possibilité de stationner est l’une des principales clés de la réussite. « No parking, no business » lance un commerçant. On accepte plus facilement de se garer loin pour un après-midi de shopping que pour acheter du pain…
Les mairies de Bagneux ou de Coulommiers l’ont bien compris. Elles ont mis en place plusieurs milliers de places de stationnement gratuites à proximité des zones sans voitures. D’autres, tel Chauvigny, proposent des navettes gratuites, elles aussi, pour emmener les passants des parkings au centre historique.

La rotation des clients augmente

« La piétonnisation doit être envisagée dans un projet global de revitalisation d’une ville » estime la première adjointe au maire du Montmorillon. Tout compte : le sens de la circulation, les panneaux donnant des informations sur les opérations prévues, le bien-être des riverains. « Nous étudions le moyen d’installer des plots pour que les habitants des rues piétonnes puissent sortir de chez eux et rentrer » explique la mairie de Bagneux.
La configuration des villes influe aussi sur le succès de telles initiatives : « la départementale qui traverse la ville rend la piétonnisation difficile en dehors de la Grand-Place » déplore la mairie de Bailleul.
En dépit des réticences affichées au départ, les sondages effectués à la fin de l’été auprès des intéressés – commerçants, clients, riverains – montrent que la plupart ont accepté la piétonnisation. À Bagneux, 800 personnes ont été interrogées. 45 % des commerçants qui ont répondu estiment qu’il n’y a pas eu d’impact sur leurs ventes mais 33 % qu’elles ont progressé, 21 % seulement qu’elles ont baissées. Et 55 % pensent que leurs clients ont un sentiment de plus grande sécurité.
« Le panier moyen des piétons est plus faible reconnaît l’un d’entre eux, mais les achats plus fréquents, on s’y retrouve. »
Après un temps d’adaptation, ils sont prêts à poursuivre. Hélas, à Bernay, le projet n’est pas à l’ordre du jour. Interrogée sur la piétonnisation, Mme Vagner, maire de la ville, nous a répondu : « concernant la piétonnisation du centre-ville, ce sujet n’a pas encore été abordé par l’ensemble du conseil municipal, ni les riverains et ni les commerçants. Je réserve donc ma réponse dès lors que personne n’a été sollicité ».
Voilà qui est fait !
Nadège Forestier

 

No parking, no business, alors ?

Un commerce devrait se focaliser sur la qualité et l’originalité de ses produits bien plus qu’à « sa » place de stationnement.
No parking, no business, est un point de vue égocentriste qui masque un constat : concurrencer une aire de stationnement d’hypermarché est impossible. Cela ne doit pas empêcher les élus de la commune d’envisager une stratégie de stationnement adaptée.
La force d’un commerce est sa proximité avec les autres, notamment des services : banques, assurances, médecins, services sociaux, etc. Groupés, ils offrent une variété de produits et services introuvables dans un centre commercial.
À Bernay, chaque samedi matin deux rues sont interdites aux véhicules à moteur, la rue Thiers et la rue Gaston Folloppe.
Les Bernayens en sont-ils satisfaits ? L’accaparement de la voie publique les satisfait-il ? Allez ! On lance une consultation, un sondage. On tente la piétonnisation – a minima – de ces deux voies chaque dimanche matin ou chaque dimanche du mois d’août par exemple.

 

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