Ville d'art et d'histoire label Bernay Normandie 27

L’art de faire des histoires

La culture ! Mise en valeur et à portée de chacun, là où il vit. C’était le vœu d’André Malraux, alors ministre de la culture, quand, en 1965, il fait de la vieille Caisse nationale des monuments historiques et des sites (CNMHS) l’animatrice du patrimoine architectural de France. Malraux mourra avant de voir la création du label Villes et pays d’art et d’histoire par cette CNMHS en 1985. L’idée ? Promouvoir des territoires désireux de valoriser leur patrimoine culturel et artistique, en signant, avec le ministère de la Culture, des conventions avec réalisations et moyens financiers à la clé. Aujourd’hui, 202 villes et pays portent ce label obtenu après un processus long et exigeant culminant par un « grand oral » à passer audit ministère.
Et ce fut le cas de Bernay qui, en février 2012, accéda à la « consécration » en signant la fameuse convention, seule commune de l’Eure à ce jour à jouir de ce privilège qui oblige… Et c’est là que le bât blesse, car recevoir le label prestigieux impose des devoirs ! Nos municipalités semblent l’avoir oublié, et, pour n’avoir pas respecté les engagements stricts qu’implique celui-ci, notamment la mise en place d’un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), c’est-à-dire un lieu d’accueil présentant le patrimoine de la ville, et pour avoir négligé l’un des « piliers » du contrat, le lien culturel avec les habitants, la ville risque, à l’horizon 2022, de perdre le label.

Bernay ville d'art et d'histoire
La culture de panneaux, promotionnel ou publicitaire, un art figuratif en plein essor à Bernay.

La procédure est en tout cas engagée et, bien que peu probable, aura une conséquence sur la manière de gérer ce label.
À la mairie ou dans l’opposition, on crie à la tragédie et l’on supplie le bourreau (la Direction régionale des affaires culturelles) de retenir son bras assassin… Mais nos élus veulent-ils vraiment investir dans la culture, ou juste afficher une étiquette ? La réponse est dans la question…
Les professeurs des collèges de Bernay que nous avons interrogés regrettent l’absence de démarche envers eux du service du patrimoine de la mairie, et, s’il y a eu des actions ponctuelles de la part d’enseignants pour amener les élèves à ce patrimoine, et si la mairie fut « aidante », ce furent des initiatives individuelles. Les profs rêveraient d’un rapprochement entre eux et le service du patrimoine afin de monter ensemble des projets originaux et pérennes…

Un label est-il vraiment utile pour mettre en valeur notre patrimoine ?

Mais ce label est-il vraiment utile pour mettre en valeur un patrimoine culturel local ? L’usage indique le contraire : à Bar-le-Duc, ville de la Meuse labellisée depuis 2002, un élu confesse que « La visibilité n’augmente que peu avec l’obtention du label »… Et près de chez nous, les châteaux d’Harcourt ou de Beaumesnil, dans l’Eure, attirent plus de visiteurs que Bernay, tout en n’étant pas labélisés…
L’heure de vérité approche, et il faut faire un choix : soit l’on estime que le label représente une contrainte inutile, et on produit avec les habitants une politique indépendante – et financée – de promotion de notre ville, sur des axes choisis et ambitieux, soit on réinvestit résolument, et cette fois au niveau de l’intercom Bernay terres de Normandie, ce label, en jouant à fond les atouts culturels et historiques du territoire et en remontant un dossier pour passer à l’échelle « Pays d’art et d’histoire » avant l’échéance de 2022… Mais il est temps de cesser d’accrocher ce label à un clou comme un « machin » qu’on craint de perdre, mais dont on ne sait pas se servir…
Pierre Brunet

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