Centre-ville : le tiercé gagnant

Centre-ville : le tiercé gagnant

Aménagement commercial, habitat, mobilité, les élus peuvent mieux bâtir les règles urbaines et changer les choses.

Le marché régule le commerce. Le politique peut en circonscrire certains de ses exercices in situ. Un levier essentiel est la vision urbanistique d’un territoire et de ses fonctionnements.
Les élus en ont la responsabilité, et, par la loi, les outils et la maîtrise. À eux d’agir avec acuité sur l’harmonisation des activités commerciales, a contrario de quatre décennies de rejet systématique de celles-ci en périphérie sous forme de distribution de masse surdimensionnée. Cette méthode a altéré non seulement l’activité des magasins de ville, mais aussi les équilibres urbains et territoriaux, précieux pour le bien vivre ensemble. Les récents chiffres démographiques du secteur le démontrent.
De nouvelles pratiques réglementaires de régulations – panel de lois, de normes et de méthodes décisionnelles – existent depuis longtemps pour harmoniser les villes, en les mettant hors d’atteinte du Shrinking cities (dépeuplement des villes), ou de phénomènes de déséquilibres locaux et sociétaux majeurs.
Qu’en est-il de Bernay et des environs ? La démographie de la ville et de ses environs est globalement en baisse. La concentration en périphérie nord de lourds distributeurs agrégeant d’autres commerces – profitant au passage d’une politique foncière très hospitalière, telle un costume sur mesure ! – a provoqué une dévitalisation du centre-ville, « aspirant » une assez grande partie de la population et certains flux liés à l’économie locale.
Bernay, elle-même, par le passé, a voulu contrebalancer cet exode commercial au nord sur une commune voisine et avait généré à la hâte une nouvelle zone placée à l’avenant dans des terres inondables, difficiles d’accès, situées en limite de la gare.
Un angle permet de mieux comprendre ce phénomène : la comparaison des tissus urbains du « grand » Bernay à celui de Cloppenburg. Dans cette petite ville allemande, jumelle de la nôtre, point d’hyperzone commerciale, mais plutôt une répartition équilibrée entre une dizaine de supermarchés (de la taille de 200 à 1000 m2 environ), de magasins spécialisés, bien répartis sur l’emprise urbaine. Le gain est : équilibre, pollution minorée, meilleure gestion de l’eau et des énergies, proximité, échelle urbaine et humaine, rationalité organique de la ville…
Certes le modèle de la distribution en Allemagne (hard discounters et coopératives) n’a rien à voir avec nos géants de la distribution « parfois très influents » et pourrait altérer la comparaison ; cependant les règles d’urbanisme allemandes émanent d’un volontarisme politique déterminé, depuis longue date, à agir sur une organisation générale harmonieuse, et à mieux ancrer les commerces dans le tissu urbain.

Des outils aux mains des élus pour mieux bâtir les règles urbaines

Intervenir est désormais opportun. Depuis quelques années l’État français a instauré en parallèle deux outils : le Schéma de cohérence territoriale (SCOT) et les Plans locaux d’urbanisme (PLU). Ces élus peuvent donc mieux bâtir les règles urbaines et changer les choses. Le projet de loi Climat les aidera également.
D’autre part, l’intercommunalité, entité de territoire, devient également un potentiel organe d’harmonisation avec une plus large vision. Il suffit avant tout d’une volonté politique… et aussi, disons-le, d’un sens encore plus développé de l’intérêt général nécessitant des efforts réels d’union et des attitudes moins égocentrées.
Ce changement absolument nécessaire est possible. Admettre qu’équilibre, modération et diversité sont des qualités sociologiques majeures est assez simple. Comprendre qu’une ville centrale d’un territoire est un point organique vital n’est pas compliqué.
Imaginons un instant dans le cas de Bernay, une ville vide de vie, sans services, asséchée de ses commerces, sans passants dans les rues. C’est alors le trou noir, le vide dont la nature a horreur… On ne peut le souhaiter ni aux territoires, ni aux habitants, pas plus qu’aux élus enclins à présenter de bons bilans.
L’accès à l’harmonie collective passe par de nombreux chemins, l’urbanisme en est un. Dès lors, tout en admettant l’état de fait actuel (assez statique à court terme), il convient, avec de futures règles urbaines engagées par les élus locaux, a minima de geler les zones hyperconcentrées puis de gérer leurs futures mutations au bénéfice d’autres concepts de développement plus opportuns, dont celui du cœur de ville, des quartiers et des territoires voisins qu’il faut remettre en avant.
En définitive, pour créer un cadre plus harmonieux du commerce futur, la question est assez simple : les élus veulent-ils s’engager et créer des politiques foncières adaptées aux objectifs de bien être ? Il est l’heure d’une prise de conscience créative et volontaire pour améliorer le commerce et la vie locale.
Dans ce but, si de nombreux sujets m’échappent en l’absence d’expertise commerciale personnelle, je note simplement, concernant les pratiques locales, non pas le joug de la pression du marché, mais le rôle central des choix purement politiques à travers la maîtrise de l’urbanisme pour de nombreux domaines dont le commerce, élément structurant et historique de la Cité et de sa population.
James

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