Bernay bio alimentation
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À l’école du bio !

La mairie de Bernay peut et doit devenir l’instigatrice de l’alimentation biologique dans les cantines scolaires de la ville. Mieux encore ! Elle peut inciter des maraîchers et des éleveurs à s’engager vers un développement durable tout en leur imposant de sauvegarder la biodiversité de leurs exploitations.

La ville de Bernay achète chaque année 170 000 euros de produits alimentaires pour sa restauration scolaire. Ils proviennent, comme pour la plupart des autres communes, de grossistes et ponctuellement de producteurs locaux.
L’État impose désormais, avec sa nouvelle Loi agriculture et alimentation, que d’ici 2022 le menu des cantines de nos petites têtes blondes soit constitué d’au moins 20 % d’aliments bio. Les gestionnaires d’entreprises de restauration collective crient au loup, selon eux, « cela engendrerait un surcoût global de l’ordre 4 % et l’offre ne serait pas suffisante pour y faire face ».
Effectivement la production nationale et pis encore la production départementale sont à ce jour insuffisantes. Les chiffres de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique sont éloquents, la production bio de l’Eure, avec quelque 362 hectares de production de fruits et légumes frais et son cheptel animal, est quasi inexistante. Seules ses 27 971 poules pondeuses auraient de quoi faire quelques omelettes.

Trois villes de 10 000 habitants produisent du bio pour leurs cantines

Alors comment faire ? La collectivité doit-elle prendre en charge ce surcoût, peut-elle le réduire ? Tournons-nous vers trois villes d’environ 10 000 habitants qui ont créé des maraîchages municipaux avec des méthodes qui méritent d’être abordées. La ville de Mouans-Sartoux (06) a réussi à fournir à ses cantines des menus 100 % bio, elle a embauché un maraîcher et s’est dotée de sa propre ferme de 6 hectares. La ville de Gonfreville-l’Orcher (76) a aussi créé son maraîchage municipal sur 5 hectares fonctionnant en plus sur le principe de l’insertion professionnelle. Quant à la ville de Grande-Synthe (59) elle a eu l’excellente idée de former le producteur aux techniques agricoles alternatives en coopération avec un lycée professionnel agricole.

Plutôt que de relancer un collectivisme post-soviétique aidons nos producteurs

Il est donc possible qu’une collectivité puisse vraiment être active et produise une alimentation bio en privilégiant des circuits courts garants de fraîcheur alimentaire et de temps de transport moins polluant. Le seul bémol est, à mon sens, que ces trois villes l’ont développé avec de l’argent public. Les solutions de ces maires – dont ils tirent une gloire éphémère que l’État leur a imposée – ne sont pas nouvelles. Elles ne sont que du bon vieux collectivisme soviétique où des ouvriers salariés, non-propriétaires, travaillaient dans des sovkhozes (fermes d’État) dans les années 1930.
Ces maraîchages municipaux suscitent aussi trois questions. La première est le coût financier pour les contribuables avec l’embauche d’un ou deux maraîchers, la création de postes de travail, l’achat d’outillage, etc., pour une diversité alimentaire restreinte dans laquelle sont absents : œufs, lait, viandes, poissons et nombreuses céréales. La seconde est la maîtrise de la filière, qui fournit les semences biologiques, le compost, la phytoprotection et, en cas de perte de production, quel sera l’approvisionnement ? La troisième est un manque de vision à moyen terme. Quid du reste de la population ?
Ce qui serait bon pour les élèves ne le serait-il pas pour l’ensemble du personnel de la mairie ? Quand on sait que la mairie de Bernay est le plus gros employeur de la ville on commence à trembler pour les finances municipales…
Avec un encours de sa dette de plus de 15,8 millions d’euros, la marie devrait se garder de vouloir gérer une partie de cette filière naissante qu’elle ne maîtrisera pas. Elle pourrait simplement en être l’instigatrice en aidant certains maraîchers, éleveurs et agriculteurs à abandonner leurs productions à base de produits phytosanitaires chimiques pour les convertir en bio.

La mairie doit-elle s’approprier une partie de la filière bio ou la développer pour tous ?

Moyennant un quota de commande ferme annuel, ils seraient assurés de vendre tout ou partie de leurs productions. La mairie serait à même aussi d’imposer, dans leurs cahiers des charges, que soit maintenue ou développée la biodiversité de leurs exploitations : terrains bordés de haies vives, d’arbres ; action qui peut être couplée, par exemple, avec l’insertion, la formation et l’embauche de jeunes en situation précaire, etc. Enfin elle aurait aussi la capacité de recycler ses biodéchets issus des cantines en les fournissant à ces exploitations… Voilà un échange gagnant/gagnant susceptible d’être mis en place.
Pollux

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